Un monument pour commémorer la "trêve de Noël" à Ploegsteert [nl]


En présence du Secrétaire d’État auprès du Ministre de la Défense, chargé des Anciens Combattants et de la Mémoire, M. Jean-Marc Todeschini, le président de l’UEFA Michel Platini a inauguré jeudi 11 décembre, à Warneton (Hainaut), un monument érigé en mémoire de la "trêve de Noël" de 1914, lors de laquelle soldats allemands et britanniques ont quitté leurs tranchées à Saint-Yvon et fait taire leurs armes pour disputer un match de football.

Inauguration d’un monument commémoratif de la « trêve de Noël »
Discours de Jean-Marc Todeschini (Ploegsteert, jeudi 11 décembre)

Monsieur le Ministre-Président du Gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles,

Monsieur le ministre du Tourisme et des Sports de la Fédération Wallonie-Bruxelles,

Monsieur le ministre des Sports du Pays de Galles,

Monsieur l’Ambassadeur d’Allemagne,

Monsieur le Président de l’Union des associations européennes de football,

Monsieur le Bourgmestre de Comines-Warneton,

Monsieur le député,

Mesdames et messieurs,

Je veux avant toute chose vous remercier tous, très sincèrement, de m’accueillir ici et remercier l’ensemble des partenaires pour ce magnifique projet.
Il y a 100 ans, des hommes ont su se dépasser pour faire perdurer une once d’humanité. Une once d’humanité là où on ne l’attendait pas. Au cœur de la guerre, au cœur des tranchées, au cœur de l’horreur. En décembre 1914, la Grande Guerre avait déjà fait des milliers de victimes.

Mais en un instant, les armes ont été déposées et les balles se sont tues. En un instant, s’installa le dialogue en même temps que l’esprit de noël et de fraternité. Ces soldats étaient Britanniques et Allemands. Ce jour-là, ils écrivirent une histoire qui se raconterait à double voix.

Ces trêves se produisirent en plusieurs endroits du front, ici en Belgique mais également en France autour d’Arras par exemple. Elles prirent des formes différentes mais revêtirent une même signification, l’expérience d’une commune lassitude face à l’horreur des combats et le rappel d’une commune humanité, jalons d’une future paix des mémoires.

La veille de la trêve, les soldats avaient enseveli des camarades morts sous leurs yeux. Le lendemain, d’autres parmi eux allaient tomber. Mais ce soir-là, ces hommes avaient décidé de passer Noël en paix.

Cette once d’humanité se fit plus belle encore lorsque retentit le coup d’envoi d’un match de football qui allait être disputé là, près des bois de Ploegsteert. C’était le langage commun de ces hommes.

La trêve par le sport. C’est ce qu’incarne aujourd’hui ce monument. Il nous raconte cette dynamique humaniste née il y a 100 ans et perpétuée aujourd’hui par le comité de l’Héritage que je veux saluer.

Solidarité, entraide, courage, détermination, besoin de l’autre ont été les maîtres mots au cœur des tranchées, un esprit qui fait tout particulièrement sens sur le terrain de jeu.

Et je veux féliciter, très sincèrement, l’UEFA pour son initiative et tout particulièrement vous, monsieur Michel Platini, pour qui j’ai la plus grande admiration et le plus grand respect, pour le grand footballeur que vous avez été, pour l’homme que vous êtes, pour ce que vous représentez pour notre jeunesse.

Nous avons en partage cette terre de Meurthe-et-Moselle où nos pères ont été accueillis. Où le brassage des cultures s’est marié à la passion pour le sport. Pas une ville du Pays-Haut n’a grandi sans son club de football. Et l’esprit collectif est devenu le moteur de notre belle région.

Aujourd’hui, c’est à l’Europe entière que nous adressons un message. C’est la grande force du Centenaire de nous offrir des moments privilégiés de partage avec nos partenaires et amis, anciens alliés et adversaires.

Vous, amis allemands, avec qui nous avons vécu de grands moments de mémoire tout au long de l’année. Je pense à la cérémonie du 3 août à l’Hartmannswillerkopf et du 11 novembre à Notre-Dame-de-Lorette. Vous, amis Britanniques avec qui nous aurons de grands rendez-vous : je pense à la commémoration de la bataille de la Somme en 2016.

Vous, bien sûr, amis belges dont la terre abrite une part de notre mémoire : 70 000 soldats français ont été tués sur votre sol ; 2 millions de Français ont fait de la Belgique leur refuge.

Mesdames et messieurs, le souvenir de la trêve de Noël nous rappelle enfin que cette terre de Belgique a su impulser la paix. Elle l’a fait il y a 100 ans, dans la boue des Flandres où survivaient quelques coquelicots. Elle l’a fait il y a 70 ans, en bâtissant, avec ses voisins, l’Europe de la paix.
Une Europe dont les graines furent semées, dans un même élan fraternel, par les soldats britanniques et allemands un soir d’hiver 1914.

A l’heure où refont surface les égoïsmes nationaux et les tentations de replis communautaires, souvenons-nous de cette trêve de noël qui fut l’affaire d’hommes ordinaires devenus extraordinaires par leur courage et leur volonté.

« L’être humain se définit par la volonté », disait Schiller. Oui, c’est la volonté qui a fait se réunir les soldats des 2 camps, il y a 100 ans. Eux qui rêvaient de paix et de liberté. 30 ans plus tard, leurs fils rêvaient d’Europe. Une Europe devenue aujourd’hui réalité. Et c’est aussi la volonté qui a fait de nous des peuples amis et rassemblés, des peuples en paix.

Veillons à ce que nous ne soyons jamais lassés de nous battre pour la préserver. Je vous remercie.

publié le 03/06/2015

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